LES MALADIES ET LEURS CAUSES
La racine de toutes les maladies de l’homme est le déséquilibre entre ses âmes causé soit par l’invasion des esprits ennemis, soit par la perte totale de l’âme suite à un traumatisme physique ou psychique. Les chamanes sont conscients que les symptômes physiques d’une maladie nécessitent aussi un traitement, et utilisent dans ce but des herbes médicinales en complément au traitement de l'âme. L’aspect spirituel de la maladie est, pourtant, considéré comme plus important, parce que ses aspects physiques ne représentent pas un vrai problème en soi. L’invasion des esprits et la perte de l’âme répriment les capacités naturelles d'auto-guérison, donc, si l’équilibre de l'âme n’est pas rétabli, les symptômes physiques ne seront jamais guéris.
Les esprits qui provoquent des maladies sont des tchot-gor, des esprits ennemis des ancêtres des bouranes ou des chamanes au
services du mal. Les tchot-gor, esprits des ancêtres, et d’autres esprits de la nature moins puissants, peuvent souvent être chassés par le chant et l’agitation autour du patient au moyen de l’éventail dalbouour. On peut également faire sortir l’esprit de la maladie du corps, en le « tirant » ou « inhalant ». Si la maladie est causée par un esprit plus puissant ou un chamane ennemi, il est nécessaire d’entrer en transe pour la séance de la guérison. Les esprits bouranes sont les plus puissants. Parfois, pour les chasser du corps du malade, les chamanes ont recours aux sacrifices particuliers. Le chamane peut aussi essayer de faire peur à l’esprit de la maladie avec un couteau, un bout de fer chauffé au rouge ou avec un archer et une flèche, ou bien essayer de l’aveugler avec son miroir. Quand l’esprit de la maladie est obligé de quitter le corps du patient, il peut tenter de pénétrer celui d’une autre personne. Pour éviter cela, on l’attrape avec un ongon ou une tole. Il arrive aussi au chamane d’accueillir provisoirement cet esprit dans son corps. Dans ce cas, il prend la route vers le monde d’En-dessous, ordonne à l’esprit d’y rester et de laisser le patient tranquille. Si l’on utilise un ongon temporaire pour attraper l’esprit, on le jette après dans un lieu sauvage ou l’on le détruit afin que l’esprit ne puisse plus revenir.
Parfois la séance de guérison se transforme en véritable guerre entre les esprits. Le chaman peut entrer en combat physique avec un esprit obstiné, même en utilisant des armes, tandis que ses esprits alliés combattent avec lui pour dominer ou chasser l’esprit qui avait attaqué le malade. Il arrive de convoquer un esprit de nature particulier pour la guérison, qui est ensuite placé dans un ongon et reste avec le malade pour le protéger. Si la maladie est causée par un chamane ennemi, cela peut déclencher une guerre entre lui et un chamane auquel appartient du malade. Les combats entre esprits peuvent durer longtemps et finir par la mort de l’adversaire le plus faible. Les chamanes qui agressent d’autres personnes, risquent de perdre leur don de guérison, ce qui entraîne la perte du respect de la part des membres du clan et même la mort de leurs mains. En cas de maladie grave et prolongée, il peut être nécessaire de faire revenir l’âme du malade. L’absence de l’âme amie ou sané dans le corps rend son fonctionnement normal presque impossible. Ayant quitté le corps, l’âme amie reste dans notre monde et, généralement, le chamane n’a pas de difficulté pour la retrouver et la faire revenir dans le corps du malade. L’âme sané, dans cette situation, peut s’attarder auprès du corps, mais si elle part dans le monde d’En-dessous, le chamane sera obligé d’effectuer un long et dangereux voyage pour la retrouver. Quand l’âme perdue est retrouvée, le chamane la place dans son oreille ou dans son tambour pour le voyage de retour, et, une fois revenu, la remet dans le corps du malade. Si l’âme est enlevée par un esprit, le chamane est obligé d’engager la bataille avec lui pour qu’il la libère. Le retour de l’âme est la tâche la plus difficile pour le chamane, parce qu’elle l’oblige à effectuer de longs voyages hors de son corps, ce qui le rend vulnérable à l’attaque d’un esprit et il risque de perdre sa propre âme.